"Veux-tu prendre avec moi la route de la vie ?"

Le samedi 13 septembre 2014, veille de la solennité de la Croix Glorieuse, à Reignac, Monseigneur Jean-Pierre Ricard a donné le sacrement de la Confirmation à 25 jeunes et trois adultes de l'ensemble pastoral des Hauts de Gironde. Voici les notes prises au cours de son homélie et un diaporama des photos de la célébration.

"La plupart du temps, les gens passent à côté des croix dans les quartiers, dans les villages et ne réalisent pas. Ca fait partie du paysage familier. Il faudrait faire redécouvrir ce que représentent ces croix. Je me rappelle m'être promené un jour avec mon neveu, qui était tout petit, dans un village. Il me dit, en me montrant le crucifix, crucifix un peu expressif sur la place du village : "Mais tonton, pourquoi, pourquoi on lui a fait ça ?" Il était surpris surtout par la souffrance qui s'exprimait de la part du crucifié. Mais nous voyons dans l'Evangile que cette souffrance est le signe d'autre chose. Ce n'est pas une exaltation de la souffrance ou de la douleur pour elle-même. Cette souffrance est le signe de l'amour. Comme dit Jésus : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime." Et nous savons que Jésus est allé volontairement à la croix. Il a offert sa vie pour le salut des hommes. Et donc, l'amour est l'image de son amour. Il a donné sa vie pour que, à travers sa mort et sa résurrection - c'est pour cela que l'on parle de la Croix Glorieuse, parce que derrière la croix, il y a la lumière de vie, la lumière de la résurrection - pour qu'à cette lumière, les hommes aient la vie, la Vraie vie. Je crois que c'est important, un jour de confirmation, de nous remettre vraiment devant la croix du Christ, devant l'amour du Christ ; parce qu'à chacun d'entre vous, le Seigneur vient dire : "Aujourd'hui, m'aimes-tu ? Je t'offre mon amitié, je t'offre mon amour, veux-tu être mon ami ? Veux-tu marcher avec moi sur le chemin dde la vie ? Veux-tu te mettre à la recherche de la volonté du Père sur ta vie ? Veux-tu te mettre à l'écoute de ma Parole ?" Jésus nous dira que celui qui écoute sa Parole et la met en pratique, il est semblable à celui qui a bâtit sa maison sur le roc. Le jour où la pluie tombera, où le vent soufflera, la maison tiendra bon parce qu'elle est fondée sur le roc. Donc le Seigneur demande : "Veux-tu prendre avec moi la route de la vie ?"

   Tout à l'heure, au coeur de la cérémonie de confirmation, vous serez questionnés : Croyez-vous, crois-tu en Dieu le Père, en Dieu le Fils, en l'Esprit ? A travers cette question de l'Eglise, c'est le Seigneur qui nous dit : "Crois-tu en moi ? Me fais-tu confiance ? Veux-tu prendre avec moi la route de la vie ? "Je crois que vivre sa confirmation, c'est dire : "Oui Seigneur, je veux te suivre." Ce qui est au coeur même de la foi chrétienne, c'est découvrir qu'il y a un lien avec le Vivant qui est le Seigneur. C'est vivre une amitié. Si on n'a pas vécu cela, si on n'a pas découvert cela, c'est que l'on n'est pas encore tout à fait entré dans ce qui est le coeur de l'expérience chrétienne.

   

Suivre le Christ est aussi source de vie. C'est important. Ca nous a été dit : Dieu a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit en lui, qui le regarde et qui veut le suivre, ne perisse pas. Il obtiendra alors la vie éternelle. Le Seigneur ne reste pas simplement à distance, comme une sorte d'ami qui serait là mais très loin, qui ne bougerait pas pour voir comment on se débrouille tout seul. C'est un ami sur qui ont peut compter. C'est un ami qui va nous donner sa vie, son souffle de vie. Un jour, Jésus avait préché dans le temple et il avait commenté cette parole de l'Ecriture : "De ton sein couleron des fleuves d'eau vive." Et l'évangéliste Jean nous dit : "Il voulait parler de l'Esprit Saint qui n'avait pas encore été donné." Quand est-ce que l'Esprit Saint va être donné ? C'est quand Jésus meurt sur la croix. On nous dit : " Il remit l'Esprit." Et on va percer avec une lance son flanc et il va sortir de l'eau et du sang, symboles de la vie, symboles des sacrements de l'Eglise que sont le baptême et l'Eucharistie. Ce Christ qui nous donne sa vie, qui nous communique sa vie, nous le trouvons dans l'Evangile de Jean à travers un très beau geste, le Ressuscité qui vient vers les siens et on nous dit que le Seigneur souffla sur eux en leur disant : "Recevez l'Esprit Saint." C'est une belle image, un peu étonnante, le Christ qui souffle. Et pourtant, si nous réalisons, le souffle, c'est l'image de la vie. On dit de quelqu'un qui est vivant qu'il a du souffle, et de quelqu'un qui meurt qu'il a rendu son dernier souffle. Donc Jésus communique aux siens sa passion pour le Père, sa passion pour les hommes, cet Esprit d'amour qui l'habite et il dit : "Je vous donne l'Esprit."

Au coeur de la confirmation, ce que nous célébrons, c'est le don du Saint Esprit. Cet Esprit, c'est une force du Seigneur. Il n'y a pas de foi, il n'y a pas de foi en Dieu, pas de confiance dans le Seigneur sans l'action du Saint Esprit. C'est l'Esprit Saint qui est une lumière qui éclaire la route, qui nous permet de discerner dans notre vie la volonté de Dieu. C'est l'Esprit Saint qui à travers ces textes anciens, de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui nous fait dire : "Mets-toi à l'écoute, c'est Dieu qui parle. C'est lui qui nous fait découvrir à travers le peu de pain que nous allons partager, l'hostie, la présence même du Seigneur. On ne peut pas le découvrir s'il n'y a pas la lumière du Saint Esprit.

L'Esprit, c'est un Esprit d'amour. Ce n'est pas si facile d'aimer dans notre vie. Le premier mouvement est d'abord de nous servir, nous. Et très souvent, on se centre sur soi, on pense surtout à soi. Aimer l'autre suppose tout un travail ; certains jours un combat aussi. Ce n'est pas si évident et c'est l'Esprit Saint qui nous donne d'aimer plus gratuitement, plus généreusement. C'est cela l'action du Saint Esprit.

C'est l'Esprit qui nous permet de tenir au milieu des épreuves alors qu'on aurait envie de tout laisser tomber. A quatre heures, j'étais à Bordeaux avec cette manifestation pour les chrétiens d'Orient. Il y avait parmi nous un certains nombre de chrétiens de Syrie et d'Irak. Je dois avouer qu'on a beaucoup reçu d'eux. Je pense en particulier à ce qui s'est passé en Irak avec l'armée de l'Etat islamique qui a dit à ces familles chrétiennes : "Ou vous vous convertissez à l'Islam ou vous payer le tribut que doibent payer les non musulmans - beaucoup ne peuvent pas payer - ou bien vous partez immédiatement. Vous laissez tout, votre maison, tous vos biens et vous partez. Pour certains, c'était : "Tu sais, tu peux dire juste la formule, ça n'engage pas beaucoup pour devenir musulman et tu gardes tout." La plupart des familles n'ont pas voulu renier le Christ et sont donc parties en exil. Je ne sais pas si nous aurions eu ce courage là. C'est l'Esprit Saint qui nous fait tenir dans ces difficultés. C'est quelque chose d'important dans notre vie de recevoir l'Esprit Saint, d'être accueillant à l'Esprit. Et nous l'accueillons justement lorsque nous sommes attentifs à la prière, à l'écoute de la Parole de Dieu, à vivre les sacrements de l'Eglise et l'Eucharistie, en nous engageant pour les autres. Au jour le jour, finalement, on s'abreuve de nouveau à la source, la source d'eau vive que le Seigneur met dans nos coeurs. Ce qu'il dit dans la confirmation, c'est que cette source d'eau vive qu'il met dans nos vies, elle coulera toujours. Mais si nous ne nous laissons pas, si nous ne prenons pas dans notre main un peu de cette eau, nous resterons assoiffé. Le Seigneur attend de nous cette attention.

   

Ce qu'il attend aussi c'est que cette expérience qu'il nous donne de vivre, nous ne la gardions pas pour nous tout seul mais que nous sachions la partager, que nous sachions en parler. C'est pour cela que la confirmation fait de nous des témoins. Le Seigneur nous dit : "Je compte sur toi pour que tu sois mon ami, que tu sois mon disciple, que tu sois mon témoin. Pas tout seul mais en Eglise, se soutenant les uns les autres, en prenant ta part dans la communauté des chrétiens. J'ai vu en lisant vos lettres qu'un certain nombre avait un engagent dans le scoutisme, pour servir la messe, etc. Je crois que c'est bien, je crois qu'on a besoin d'avoir cet engagement avec d'autres pour tenir dans la foi. Dans les années qui viennent, ceux qui tiendront véritablement dans la foi, ce sont ceux qui ont justement ce soutien fraternel. On dit souvent qu'un chrétien isolé est un chrétien en danger. Ce n'est pas pour rien que Jésus a réuni les douze, les disciples ensemble pour qu'ils reçoivent l'Esprit et qu'ils portent l'Evangile. Soyez des témoins du Christ, soyez des membres vivants de l'Eglise, car dans les années qui viennent, l'Eglise sera vivante à partir des chrétiens qui lui donneront visage, que ce soit par exemple dans la vie familiale - et je salue tous les parents qui ont ce soucis de transmettre à leurs enfants, à leurs jeunes, la foi qu'ils ont reçue parce que de nos jours, ce n'est plus automatique. Je crois que c'est très important que cette foi se transmette. Cela pourrait être aussi à travers l'appel à être prêtre par exemple. On a besoin aussi de prêtre pour vivre la vie de l'Eglise. Le Seigneur a besoin de nous. Dites-vous que s'il compte sur vous, vous porrez compter sur lui. Il ne vous abandonnera pas, il sera toujours l'ami prêt pour partir, pour repartir avec vous sur la route de la vie."