Journée des séminaristes à Blaye

Lundi 29 juin 2015 à Blaye, les séminaristes du diocèse de Bordeaux se sont rassemblés à Blaye. Enguerran de Kheror a été institué lecteur et acolyte. Deux séminaristes ont aussi été admis comme candidats au sacerdoce.

Homélie de Monseigneur Jean-Pierre Ricard, archevèque de Bordeaux

Eglise Saint Romain de Blaye 29 juin 2015 - Solennité de Saint Pierre et Saint Paul

Chers Pères,
Chers Séminaristes,
Chers frères et sœurs dans le Christ,

Quand le Seigneur appelle des disciples à le suivre, il les appelle, certes personnellement mais jamais individuellement, pour qu’ils restent ensuite isolés, chacun dans le coin. Il en fait une communauté fraternelle, une Eglise. Et c’est à travers ces communautés chrétiennes que le Christ ressuscité se manifeste au monde, se donne à rencontrer, se rend présent aux hommes et aux femmes de notre temps. Oui, à travers son Eglise, le Christ se donne un corps dans le monde. Comme dit Saint Paul aux Corinthiens : « Vous êtes le corps du Christ et chacun d’entre vous est invité à être un membre actifs de ce corps » (1 Co 12, 27). Dans ce corps, les fonctions sont diverses mais elles sont toutes au service du Ressuscité qui vient à la rencontre des siens.
Jean et Kid, vous allez être appelés à faire partie officiellement des candidats au ministère presbytéral pour le diocèse de Bordeaux. Ce service d’un peuple, c’est dans le cadre d’un diocèse que vous aurez à le vivre. Dans votre formation, vous êtes invités à mieux découvrir ce que c’est que vivre dans une Eglise diocésaine. Un diocèse n’est pas d’abord un territoire, un simple découpage administratif de l’Eglise. Il est une portion du peuple de Dieu dont la vie est marquée par la géographie, l’histoire locale, la situation sociale et économique, par une culture et des traits culturels bien marqués. Un diocèse, c’est d’abord une aventure spirituelle et missionnaire qui s’inscrit dans tout le dynamisme de ceux qui, dans notre région, ont témoigné de l’Evangile, c’est l’aventure d’une communauté de foi solidaire qui est invitée au jour le jour à accueillir le don de Dieu et à être porteuse de l’Evangile. Pour un futur prêtre, c’est l’apprentissage de l’entrée dans un presbyterium qui est une fraternité au service de la mise en œuvre pour notre temps du même ministère apostolique.

Enguerran, tu vas recevoir le ministère de lecteur et d’acolyte. Exercer un ministère dans l’Eglise ne se réduit pas simplement au fait d’assurer une fonction, avec ce que cela implique de descriptif de la tâche, de formation préalable et de compétence nécessaire. Comme je le disais plus haut, tout ministère est à situer en référence à cette présence du Ressuscité. Il est, en fait, au service de la présence et de l’action du Seigneur au sein de son peuple. Vous connaissez ce texte conciliaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie qui décrit les multiples facettes de cette présence du Christ : « Le Christ est toujours là auprès de son Eglise, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre ... et au plus haut point, sous les espèces liturgiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. Enfin, il est là présent lorsque l’Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » (Mt 18, 20) » (n°7).

Recevoir le ministère du lectorat ne saurait se réduire à proclamer un texte de l’Ecriture en public, à développer une catéchèse ou à donner des informations pour entrer dans une bonne compréhension du texte biblique. C’est d’abord se mettre au service d’un autre, au service du Seigneur qui veut s’adresser à son peuple, qui veut parler à son cœur. Cela implique un décentrement pour accueillir d’abord soi-même cette parole, la laisser retentir en nous, nous éclairer, nous interpeller, nous convertir, nous fortifier. Enguerran, je te dirai tout à l’heure en te remettant l’évangéliaire : « Reçois le livre de la Sainte Ecriture et transmets fidèlement la Parole de Dieu : qu’elle s’enracine et fructifie dans les cœurs. » Ceci nous questionne tous. Sommes-nous cette bonne terre accueillante à la Parole de Dieu ? Est-elle vraiment notre pain quotidien ? Sommes-nous disciples et serviteurs de la Parole, serviteurs de l’Evangile, cette Bonne Nouvelle capable de recréer le cœur de l’homme. Paul - nous le voyons dans ses épîtres - se veut un serviteur de l’Evangile : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile. » (1 Co 9, 16). Il sait que c’est une puissance de Dieu qui passe à travers la pauvreté de sa parole et la déborde de toute part. Servir la Parole, c’est sans cesse se remettre dans une attitude de disponibilité, de service vis-à-vis de celui qui est le maître de la moisson : « Celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien : Dieu seul compte, lui qui fait croître. » (1 Co 3, 7). Dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui, soyons les serviteurs de la puissance illuminatrice de l’Evangile.

Tu vas recevoir également le ministère de l’acolytat. Au-delà des services concrets que tu auras à rendre au cours de la célébration de l’Eucharistie, tu es appelé à vivre et à faire vivre autour de toi l’importance vitale du mystère eucharistique. A travers cette célébration, c’est le Christ ressuscité qui rassemble son peuple, lui parle, lui communique sa vie, l’envoie en mission. Au cœur de la prière eucharistique, le Seigneur nous invite à nous unir à lui, à faire de nos vies des vies données, des vies livrées, à faire de notre vie quotidienne l’offrande agréable à Dieu. Là où nous risquions de mettre la main sur Dieu (Vitamine C spirituelle), c’est lui qui met la main sur nous, qui nous unit à lui et fait de nous des membres de son Corps, de ce Corps par lequel il se révèle aujourd’hui au monde. L’eucharistie est vitale, pour le Christ, pour l’Eglise et pour chacun d’entre nous. Nous avons à faire percevoir cette importance du rassemblement eucharistique à des contemporains pour qui la participation à la messe fait partie des matières à option. Cela, je crois, aurait fort étonné les chrétiens des premiers siècles pour lesquels célébration de l’Eucharistie et proclamation de la foi dans le Ressuscité étaient profondément liées. L’Eglise primitive ne recommandait-elle pas aux chrétiens de ne pas « diminuer l’Eglise en n’allant pas à l’Assemblée, ni priver le Corps du Christ de l’un de ses membres. » ? Enguerran, sois un éveilleur de ce sens de l’Eucharistie et de l’Eglise.

A l’intercession des Saints Apôtres Pierre et Paul, puisse le Seigneur renouveler en nous, au cours de cette eucharistie, notre disponibilité à ce qu’il attend de nous et à la mission qu’il nous confie. Amen

+ Jean-Pierre cardinal Ricard